Toujours avec Percy et Rosa, ainsi qu’avec Doris (la monitrice avec qui je travaille dans le cadre de mon volontariat pour Selva Inka), Diego son fils et Karen la cousine de Diego, nous partons visiter la comunidad nativa de Huacaria. C’est une communauté indigène à 2-3 heures de marche de Pilcopata (8 kilomètres). Ils sont une trentaine de familles, qui vivent dans des cabanes de bois avec des toits de feuille. Ils vivent en auto-subsistance, de leurs récoltes de bananes, ananas, manioc et de leur chasse. Ce sont des indigènes « civilisés »: ils portent des vêtements (les peaux de tigre et les plumes sont réservées aux fêtes et cérémonies), ils parlent espagnol (même s’ils conservent leur langue indigène), et une ONG leur a construit des points d’eau il y a quelques années. Ils vendent leur artisanat aux quelques touristes qui arrivent jusqu’à eux : plumes, colliers, sacs pour transporter les feuilles de coca, paniers en roseau tressé et flèches. Par contre, ils vivent toujours sans électricité et conservent leurs traditions.
Une de ces traditions concerne les jeunes filles. Lors de leurs premières règles, on leur coupe les cheveux et elles sont enfermées dans une cabane pendant quelques jours. Ainsi, elles deviennent de bonnes maîtresses de maison bien dociles et leurs ardeurs sont calmées. Plus tard, lorsque la demoiselle commence à s’intéresser aux garçons, ses parents lui cherchent un mari. Les fiancés ne feront connaissance que lors de la cérémonie de mariage. Après celle-ci, ils sont enfermés dans une cabane à l’écart du village pendant 7 jours. Les parents leur passent de la nourriture par la fenêtre, et pendant ce temps ceux-ci font connaissance. Le but étant que la jeune fille ressorte de la cabane enceinte de son premier enfant. La coutume est un peu tombée en désuétude, maintenant les jeunes filles sont (un peu) plus libres de se choisir un mari qui leur plaît, mais la cabane en question reste utilisée à chaque mariage.
Dans la jungle, il y a encore de nombreuses communautés indigènes. Certaines sont « civilisées », mais de nombreuses autres restent encore sans (ou quasi sans) contact avec l’extérieur. Leurs membres sont des chasseurs-cueilleurs et ils sont souvent vêtus d’un simple pagne, hommes comme femmes. Si un étranger s’approche, il sera considéré comme un ennemi et les guerriers se chargeront de lui lancer des flèches empoisonnées… Il y aussi des affrontements entre les tribus qui se disputent leurs territoires. Il a de ces tribus « sauvages » pas très loin de Pilcopata, mais tout le village connait très bien les limites de leur territoire et les respecte, ce qui permet à chacun de vivre en paix.
Avec l’exploitation de la forêt amazonienne (or, bois, gaz et pétrole), il est indispensable pour les tribus indigènes d’accepter le contact avec le monde extérieur, afin de pouvoir défendre leurs droits. Jusqu’à maintenant, le gouvernement et les compagnies minières ne se sont pas privées pour exploiter les terres des indigènes, et bien sûr sans leur faire partager les bénéfices. Une nouvelle loi sur l’exploitation de la forêt amazonienne a déclenché une forte protestation des indigènes, qui ont peur qu’on leur vole leurs terres. Ils se sont regroupés en associations et bloquent les routes afin de se faire entendre. Ce qui a dégénéré il y a deux semaines en affrontement entre policiers et indigènes. Des lances et des arcs contre des mitraillettes et des hélicoptères… Malgré de nombreux morts, l’affrontement a rendu public le conflit, et il me semble que tout le Pérou est en train de découvrir l’existence de la jungle sur son territoire et des indigènes qui y vivent. En espérant que cette prise de conscience permettent aux indigènes de continuer à vivre selon leurs traditions…

